Avec l'exposition "Et plus si affinités …", le Musée National nous fait rougir délicieusement, mais aussi réfléchir sur les relations sociales, familiales, amoureuses et sexuelles dans une série d'alcôves qui sentent la poudre ou souffrent.

L'ancienne alcôve rose dédiée au mariage, aussi bien dans les classes sociales supérieures que chez les paysans.

La vieille alcôve rose dédiée au mariage, aussi bien dans les classes sociales supérieures que chez les paysans.

Muséographie DR Kläfiger

Ludwig Georg Vogel (1788-1879), Joyeuse compagnie dans une taverne, XIXe siècle, dessin au crayon et lavis, Zurich.

Ludwig Georg Vogel (1788-1879), Joyeuse compagnie dans une taverne, XIXe siècle, dessin au crayon et lavis, Zurich.

Musée national suisse

Johann Heinrich Hurter, Diane au bain, reproduction d'après un modèle italien du XVIIe siècle [?], 1776, peinture sur émail.

Johann Heinrich Hurter, Diane au bain, reproduction d'après un modèle italien du XVIIe siècle [?], 1776, peinture sur émail.

Musée national suisse

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Pas banal de vernir une exposition où il est partout question de comportement social, de rapprochements, de règles acceptables de distance et de morale en pleine déconfinement progressif! Mais c'est le jeudi de l'Ascension que le Château de Prangins lève le voile sur sa dernière exposition temporaire très réussie sur l'amour et la sexualité au XVIIIe siècle.

"Certes, les effets miroirs entre la société de l'époque et la nôtre sont nombreux, et de nombreux comportements se font écho …"

Nicole Staremberg, commissaire de "Et plus si affinités …"

La commissaire de "Et plus si affinités …", Nicole Staremberg, ne l'avait certainement pas imaginé ainsi. "Certes, les effets miroirs entre la société de l'époque et la nôtre sont nombreux, et de nombreux comportements se font écho …" Mais elle n'aurait jamais pu penser à limiter le nombre de visiteurs à "son" exposition et que ceux-ci seraient informé par des superviseurs masqués! Ni que les quatre acteurs chargés de faire entendre la voix de l'exposition doivent enregistrer un message d'avertissement très actuel – même s'il peut provenir d'un religieux ou d'un juge de l'époque! -, rappelant à chacun de garder ses distances.

Animé par Cupidon

Mais ne tenez pas compte de la pandémie actuelle pour nous plonger dans une ère où c'est principalement la syphilis qui faisait des ravages. Ou la maladie de l'amour, puisque l'exposition, divisée en sept chapitres – de la tourmente émotionnelle à la naissance – commence de façon très innocente avec des cœurs qui s'accélèrent. Piqués par la flèche de deux cupidons joufflus, ils nous invitent à entrer dans la première alcôve.

"J'aime l'idée des alcôves, où il faut entrer, pour se rapprocher pour comprendre"

Nicole Staremberg, commissaire de "Et plus si affinités …"

"La muséographie est ici au service de l'objet", explique Nicole Staremberg, qui avoue s'être longtemps demandé si elle réussirait à en rassembler suffisamment (note: pari réussi, car il y en a environ 250!) autour des thèmes de l'amour et de la sexualité. J'aime l'idée d'alcôves, où il faut aller, pour se rapprocher pour comprendre. "

Une multitude de petits secrets

Et c'était réussi! Sans tomber dans la tentation des escrocs faciles, comme l'utilisation du velours rouge, il existe plusieurs nuances de rose, des lies de vin à la poudre, qui servent de toile de fond à une impressionnante collection d'objets dissimulant de petits secrets. Voici un lit à baldaquin en bois qui a l'air minuscule. Mais si on y regarde de plus près, son bois est décoré de scènes coquines et le sommeil en cache une seconde pour mesurer soudainement 180 cm de large. Plus loin, des mots d'amour entre deux hommes, joliment manuscrits et échangés pendant des années dans la plus grande confidentialité.

"Et plus si affinités …" est si bien nommé. Une expression que l'on croit moderne mais qui remonte en effet au Siècle des Lumières et à Goethe qui, dans "Les affinités électives", s'inspire de la chimie pour décrire la proximité des cœurs et l'attraction magnétique des corps.

Sentiments d'amour et de passion sexuelle

Une ère d'avant-garde, qui met la religion en arrière-plan pour s'intéresser à la science. Où l'on peut désormais imaginer qu'un homme et une femme se réunissent autrement que par simple alliance familiale ou parce que celle-ci tombe enceinte. Là où il s'agit de sentiments romantiques, mais aussi de passion sexuelle franche. Où, avec la bénédiction des parents, un jeune homme et une jeune femme pouvaient passer une nuit ensemble sous la protection de la jeunesse rurale!

"Je ne voulais pas faire un meuble érotique juste pour en faire un. Nous avons ainsi évité l'écueil voyeuriste"

Nicole Staremberg, commissaire de "Et plus si affinités …"

S'il y a une chose qui nous apprend cette visite publique – "Je ne voulais pas faire un cabinet érotique juste pour en faire un", explique Nicole Staremberg. Nous avons ainsi évité l'écueil voyeuriste "- c'est qu'il ne faut pas s'arrêter à la première impression. Ainsi Louis-François Guiger, baron de Prangins, avait 17 ans de plus que sa jeune épouse (son cousin par alliance, l'Anglais Mathilde Guiger) et leur union ressemblait à tous égards à un mariage arrangé, mais ils filaient bien un amour parfait. Une histoire documentée dans le journal de Louis-François Guiger – écrite à quatre mains avec son amoureux – la pièce maîtresse de l'exposition.

La belle partie de Casanova

On passe d'une magnifique robe de mariée exposée sans cage en plexiglas à une catelle représentant un homme battant sa femme, des gravures de scènes libertines à un enregistrement de Casanova évoquant son voyage à Genève en 1760. Tout semble être d'une modernité incroyable, à l'image du contenu de cette vitrine à la toute fin de l'exposition, où se trouve une "redingote anglaise", l'ancêtre du préservatif en panse animale et qui était attachée à l'aide d'un ruban, mais aussi d'une boîte de pilules contraceptives, la production de financé par l'incroyable Catherine Dexter McCormick, riche suffragette et propriétaire du château de Prangins jusqu'en 1964. Avec "Et plus si affinités…", c'est comme si les murs du magnifique bâtiment se mettaient soudain à parler.